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samedi 10 avril 2021

Tachikawa, ville en abîme

Tachikawa fait partie de l'immense agglomération de Tōkyō, dans la banlieue ouest de la capitale. Sa plaque d'égout présente une certaine originalité. En effet, on y trouve le dessin... d'une plaque d'égout, derrière laquelle se cache la mascotte de la ville, Kururin:
Oui, le Japon est le pays des mascottes, définitivement! Kururin ne semble pourtant pas avoir le destin glorieux de certains de ses fameux collègues, comme Kumamon, dont la renommée a dépassé les frontières; mais à force de battage médiatique (et de plaques d'égout), rien d'impossible. La ville a décliné une autre version de sa plaque pour mettre en scène Kururin, avec un arrosoir cette fois-ci:
Par ailleurs, on trouve aussi une plaque plus classique, vantant les vertus sanitaires de la ville, dans un décor fleuri:
Et il est vrai que Tachikawa est plutôt une ville fleurie. Le lien avec la santé n'a rien d'implicite, mais si les superpouvoirs de Tachikawa sont avérés, nul doute que la ville doit connaître un succès remarquable ces derniers mois. Les fleuristes sont en tout cas plus visibles que les médecins:
La ville revendique ainsi son lien à la nature, et cela est parfois décliné de façon surprenante. Par exemple, sur un chantier qui s'étendait sur des centaines de mètres, les barrières représentaient des petites chèvres:
Ce sont bien des centaines de chèvres qui longeaient le chantier, toutes différentes, et chacune avec son nom écrit autour du cou; quel travail pour les designers! Cette image bucolique est pourtant assez éloignée de la réalité du terrain, où le béton tient une plus grande place. Et pour être tout à fait honnête, je n'ai croisé aucune vraie chèvre dans le coin. En revanche, Kururin est bien là, devant la gare, pour accueillir les visiteurs:
Je ne sais pas trop de quel animal il s'agit... Si quelqu'un a des idées, n'hésitez pas! Les moustaches pourraient constituer un bon indice, car un tel attribut ne doit pas être très commun; mais est-ce bien naturel, ou s'agit-il d'un moyen pour faire le buzz?

jeudi 31 décembre 2020

Paris, les égouts secrets

Au terme de cette année 2020 perturbée, il est temps, non pas d'envisager un réveillon festif (même si ce n'est pas l'envie de quitter 2020 qui nous manque, mais le couvre-feu va limiter les excès en la matière), mais d'espérer une année 2021 plus sereine. Et à défaut d'avoir pu dénicher de nouvelles plaques japonaises cette année, voici tout de même quelques trouvailles parisiennes. Avant de démarrer, précisons que cette période a été propice à d'autres projets, en particulier cette publication dans Bouts du Monde:
Le numéro 45, consacré au Japon, vient tout juste de sortir et il contient quelques pages sur les plaques d'égout! Et pour compléter cette séquence publicitaire, le reste du numéro est très bien, avec des carnets de voyages aux illustrations très réussies. Mais soyons honnêtes, les plaques présentées dans cette revue sont une synthèse de mes récoltes jusqu'en 2019; pas les derniers modèles inédits (qui nécessiteront un prochain déplacement, aussi vite que possible).
Pour le reste, il faut se contenter d'un travail de terrain français, et, pour une bonne partie de l'année, dans un périmètre réduit, confinement oblige. Et contre toute attente, il y a quelques pépites! Commençons par cette plaque, dont je ne connais pas l'auteur, qui sème l'amour sur la ville... et ses égouts:
L'artiste lyonnais Ememem a entrepris de reboucher les trous dans le bitume et dans les plaques d'égout à l'aide de petites mosaïques colorées:
Une autre artiste, Lestrottoirs, s'amuse à peindre les plaques de toutes les couleurs:
Bien sûr, il s'agit seulement de couleurs sur une plaque standard, mais ça donne déjà un peu de gaieté au milieu d'un quotidien morose, non?
En attendant de nouvelles découvertes, terminons l'année 2020 tranquillement... Et espérons que 2021 apporte de belles perspectives à tout le monde! Excellente nouvelle année à tous!

dimanche 3 mai 2020

Utsunomiya, ville des gyōzas

La ville d'Utsunomiya constitue généralement une étape sur le chemin entre Tōkyō et des sites plus au nord, dont Nikkō ou... Fukushima. Pour Fukushima, Utsunomiya n'est la plupart du temps qu'un arrêt du Shinkansen, mais pour Nikkō, c'est une gare de correspondance. En conséquence, on ne fait souvent que passer par Utsunomiya, mais si on prend le temps de s'y arrêter un moment, on peut y faire quelques expériences intéressantes. Côté égouts, la plaque représente la spécialité de la ville, les fameux gyōzas:
Pour être tout à fait honnête, on trouve des gyōzas à peu près partout au Japon: ces espèces de gros raviolis, farcis à la viande ou aux légumes, sont souvent servis en entrée, à côté d'un plat principal. Mais cette plaque ne figure en réalité que dans une seule rue (la "rue du gyōza", où toutes les vitrines sont des restaurants de cette spécialité), le reste de la ville étant équipé de plaques plus ordinaires, avec des feuilles de ginkgo-biloba:
Une étape à Utsunomiya a été l'occasion de découvrir une ville à l'ambiance festive. Comme souvent au Japon, l'été est une saison rythmée par des festivals traditionnels, généralement clôturés par des feux d'artifice spectaculaires. Et c'est dans une ambiance conviviale et bon enfant que la fanfare a ouvert le défilé:
Différents groupes, de danseurs ou de musiciens, se sont ensuite succédé dans les rues de la ville. Et comme tout festival qui se respecte, la course virile de l'omikoshi est venue égayer le public, qui manifestement n'attendait que ça:
Si la portée de cette course m'échappe un peu, il faut tout de même admettre que c'est un rituel assez répandu au Japon, qui n'est pas le pays phare du féminisme. La ferveur de la foule permet cependant de se prendre au jeu et d'apprécier le moment. Ce festival n'est pourtant pas le plus réputé à Utsunomiya: la ville est connue pour être la capitale du jazz, en tant que lieu de naissance du saxophoniste Sadao Watanabe en 1933, et elle organise de nombreuses festivités sur ce thème. Mais le festival le plus populaire reste le Festival du Gyōza, le premier week-end de novembre. Bon, il faut pouvoir être là au bon moment, mais d'après ce qu'on m'a dit, ça en vaut la peine: on peut déguster tous les types de gyōzas imaginables (frits ou cuits à la vapeur), y compris des gyōzas au chocolat! J'imagine assez bien les qualités gustatives (et diététiques) du gyōza frit au chocolat... En attendant, il est impératif de savourer cette spécialité, au moins en version classique, avant de quitter la ville. Pour ne pas rentrer trop tard, j'ai acheté une portion pour dîner dans le train du soir pour Tōkyō:
Vu l'odeur qui embaumait la rame de Shinkansen, j'ai pu constater que nous étions nombreux à avoir eu la même idée pour le pique-nique!

vendredi 1 mai 2020

Akashi, ville du 135° méridien est

La ville d'Akashi est un point de repère important dans la géographie japonaise, à défaut d'être un endroit très célèbre dans le reste du monde, car c'est là que passe le 135° méridien est. Après tout, il existe une infinité de méridiens et de parallèles, et chaque ville a bien une latitude et une longitude propres. Mais comme chaque ville japonaise se doit d'avoir une spécialité, une mascotte et une plaque d'égout bien à elle, c'est le 135° méridien est qui fait la fierté d'Akashi:
La ville est ainsi appelée "shigosen no machi" sur sa plaque, soit "ville au méridien". C'est à partir de ce point de repère qu'est établie l'heure de l'archipel japonais. La commune est aussi proche de l'île d'Awaji, et on peut voir le pont qui les relie:
Une visite dans la ville d'Akashi suppose donc d'aller faire un tour au planétarium, qui est la principale attraction locale. Attraction d'autant plus intéressante qu'elle est en intérieur, et que j'ai débarqué à Akashi sous une météo resplendissante: déluge et canicule (oui, les 2 à la fois). Donc la perspective d'une visite au frais et au sec était plutôt alléchante... quitte à ne pas tout comprendre, car mon vocabulaire en japonais dans le domaine de l'astronomie est tout de même assez réduit. Me voici donc en route pour le planétarium, qui est exactement comme sa représentation sur la plaque, à l'exception de la carte du Japon flottant au-dessus:
Dès l'entrée, le planétarium met à l'honneur la plaque d'égout de la ville, avec un tampon et une carte à collectionner:
Malgré mes pieds trempés, la visite s'annonçait donc bien. Et puis, il faut bien le reconnaître, beaucoup de musées japonais sont conçus pour être accessibles aux enfants (et accessibles à tous, en fait); ce qui signifie que beaucoup de choses sont compréhensibles aussi pour les étrangers, même avec un vocabulaire limité. On peut donc apprendre toutes les phases de la Lune:
Une maquette permet aussi de comprendre l'organisation du système solaire:
Ici, ce sont la Terre et la Lune qui apparaissent dans la lumière du Soleil. Une manivelle permet de faire tourner l'ensemble des planètes, avec une graduation temporelle dessous, et ainsi de comprendre l'agencement des planètes. En plus de la dimension intellectuelle, il ne faut pas négliger l'exercice physique: il faut de bons biceps pour faire faire une révolution à la Terre! Un guide a expliqué à un groupe d'enfants le phénomène des éclipses grâce à cela. Même si les photos étaient prises en France et non au Japon, quelques mois plus tôt, j'avais sur mon téléphone les étapes de la dernière éclipse de Lune, que j'ai pu montrer au groupe pour illustrer l'explication:
Jusqu'ici, tout allait bien... Mais j'ai ensuite tenté de sortir du musée, et là, impossible. Les gardiens m'ont dit que le film allait commencer, et que ça aurait été trop dommage de rater ça. J'ai expliqué que si le film était en japonais, je risquais de ne rien comprendre, mais ils ont vraiment insisté et je n'ai pas pu sortir. Je suis allée jusqu'à me cacher aux toilettes au moment du démarrage du film, pensant pouvoir m'échapper dès que le film aurait commencé: en vain, une gardienne a compris mon stratagème, et elle m'a attendue à la sortie des toilettes pour m'accompagner dans la salle de projection (c'est-à-dire le dôme que l'on peut voir de l'extérieur). Bref, impossible d'esquiver. Je me suis ainsi retrouvée dans une salle pleine, essentiellement d'enfants, carnets à la main pour noter les informations, avec l'impression d'être la mauvaise élève (de loin la plus vieille, les mains dans les poches). Bon, plus le choix, j'allais voir le film. Et là, les fauteuils se sont inclinés, la lumière est devenue agréablement tamisée, une douce musique a remplacé les voix des enfants... et la projection a commencé. Mon évasion fut donc d'une autre nature: j'ai dormi profondément (il faut dire qu'il y avait tous les ingrédients). Je me suis réveillée à la fin, au moment du quiz, auquel on pouvait (devait?) répondre grâce à un boîtier sur l'accoudoir. Contre toute attente, j'ai répondu juste à quelques questions, sans même les comprendre. Par exemple: "de quelle matière est constituée la planète XXX [je n'ai pas compris le nom]? 1. de l'eau; 2. YYY [un mot que je n'ai pas compris non plus]; 3. du chocolat." J'ai coché la réponse 2, qui était la bonne réponse! Bon, on ne peut pas considérer que j'ai bien retenu la leçon, mais j'ai marqué des points quand même. La gardienne m'a félicitée pour mon score à la sortie, avec un mot gentil: "vous voyez, vous avez tout compris!" Oui, oui... Cela dit, je ne doute pas de la qualité du film, car toute la salle semblait ravie; à l'exception de quelques-uns qui dormaient encore au moment où les lumières se sont rallumées. En ressortant du planétarium, je suis repassée, dans l'autre sens, devant la maquette du système solaire, et j'ai vu que la plaque d'égout de la ville (version phosphorescente) était placée dessous, à la verticale du Soleil:
En fait, pour ceux qui ne le savaient pas, Akashi est le centre de l'univers!

samedi 18 avril 2020

Les dessous des dessins d'égouts

Pour prolonger l'article d'hier, je saisis l'occasion ici de mettre en lumière quelques cafés ou salons de thé dans lesquels j'ai pu réaliser les dessins présentés. Ces cafés, parisiens ou japonais, ont été fréquentés avec une relative assiduité, ce qui m'a permis, selon les obligations du moment, de corriger des copies, dessiner, écrire des cartes postales ou un carnet de voyage... Si je me permets de leur faire un peu de publicité, c'est parce que depuis le début du confinement, ils sont tous fermés pour une durée indéterminée, et donc dans une situation très délicate. Je souhaite à toutes les personnes qui y travaillent de surmonter cette épreuve en bonne santé, et de pouvoir retrouver leur activité au plus vite. C'est donc parti pour partager quelques bons plans, là encore en toute subjectivité: les coups de cœur ne relèvent pas de la raison!
Lorsqu'on vit à Paris, il y a tout de même la possibilité de retrouver l'atmosphère et les saveurs du Japon. Pour cela, il suffit de se rendre chez Aki:
La fermeture pendant cette période printanière nous prive de la spécialité de la saison, le fameux sakura-latte, aussi beau que bon... J'y ai surtout passé du temps pour corriger des copies, accompagnée des sourires de la maison, ce qui est un bon encouragement.
Une autre option consiste à se rendre chez Umami:
Du matcha au goma-latte, tout est préparé avec une touche artistique et servi avec un mot gentil. Là aussi, j'y ai corrigé pas mal de copies, et je me demande bien comment je vais pouvoir corriger les prochaines!
Côté japonais, les cafés sont des étapes reposantes lors de longs périples, souvent en pleine chaleur. On peut commencer avec la ville de Kyōto, qui regorge de bonnes adresses. Sans sortir de la gare, je recommande Ciao Presso:
C'est un café assez classique, mais le maiko-cappuccino a tout de même un charme particulier. C'est un passage obligé lorsqu'on arrive dans la ville!
Moins fréquenté, KissaMaster est un havre de paix:
Assis sur un tatami face à un petit jardin japonais, on pourrait rester en contemplation pendant des heures, loin du tumulte de la ville, pourtant si proche.
Pour les amateurs de thé, version traditionnelle, Kanazawa offre quelques bonnes adresses aussi. En particulier, la maison Morihachi propose tout le raffinement de la cérémonie du thé:
Là encore, on a l'impression de se retrouver hors du temps, hors du monde; et il paraît impensable que cette bulle de tranquillité soit rattrapée par la réalité d'un virus.
Du côté d'Onomichi, il y a UNE adresse à retenir, c'est le Latte Heart Cafe:
J'ai envie de dire que tout est dit dans le nom; mais en fait, c'est plus que ça. En pratique, je n'avais jamais vu un matcha-latte aussi incroyable. Et je suis heureuse d'avoir pu faire la connaissance de Mimi-San, qui restera comme une des belles rencontres dans ce pays:
Les meilleurs observateurs auront noté que sa dernière réalisation s'inspire largement de la plaque d'égout de Hiroshima, avec un joueur de l'équipe de base-ball!
Sur l'île d'Ogijima, le café Damonte & Co. a réussi à redonner un peu de jeunesse à un village vieillissant:
Je suis particulièrement attachée à ce café, où tout est bio et fait maison, pour une raison très personnelle: ma nièce est née pendant que j'étais assise là. De plus, j'ai appris que le couple qui tient ce café est actuellement très mobilisé pour fournir en pain et autres produits les habitants de l'île et au-delà. De belles personnes là aussi.
Sur l'île toute proche de Manabeshima, le Motoe Café permet de faire une pause appréciable:
Dans l'atmosphère surchauffée de l'île, la fraîcheur et l'ambiance familiale de ce café font que l'on se sent bien instantanément.
Et pour finir, impossible de faire l'impasse sur la capitale, Tōkyō. Bien évidemment, les bonnes adresses y sont nombreuses, mais on peut retenir au moins celle-ci, le Café Miki:
C'était le point de départ d'un séjour, avec une réflexion sur l'itinéraire des semaines à venir... Espérons que l'expérience se renouvelle bientôt!
Voilà pour cette petite sélection... Votre ambiance chaleureuse nous manque: on pense à vous et on espère vous retrouver bientôt! Vous pouvez compter sur moi pour revenir dès que possible... ;-) 頑張ってください!